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La chronologie des médias, expliquée simplement

La chronologie des médias, et ce qu'elle change pour vous

La chronologie des médias est la règle française qui fixe le délai après lequel chaque catégorie de service a le droit de diffuser un film, en comptant à partir de sa sortie en salle.

VOIELA LOIDURÉEPERMANENTCOÛTRIENRELEVÉ08.2026 FR
Des dates alignées sur les pages d'un calendrier.

Elle ne dit pas si un film est bon, ni où il se trouve ce soir: elle dit dans quel ordre la salle, le disque, la télévision payante, les plateformes d'abonnement, les chaînes en clair et les catalogues gratuits y accèdent, et le gratuit arrive toujours en dernier. C'est le mécanisme qui explique, à lui seul, pourquoi un film récent ne peut pas être gratuit et pourquoi un film ancien l'est souvent.

Ce que la chronologie des médias fixe, et qui l'écrit

La chronologie des médias fixe une suite de fenêtres, et elle est écrite par le secteur lui-même avant d'être imposée à tous. Le texte est un accord interprofessionnel, négocié entre les organisations de producteurs, les distributeurs, les exploitants de salles, les chaînes de télévision et les plateformes, puis étendu à l'ensemble du secteur par un arrêté du ministre de la Culture, ce qui le rend opposable même aux services qui ne l'ont pas signé.

Deux institutions encadrent l'ensemble en France. Le Centre national du cinéma et de l'image animée administre le régime de soutien au cinéma et publie le cadre applicable, et c'est auprès de lui que se lit la version en vigueur d'une année sur l'autre. L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, née le 1er janvier 2022 de la fusion du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la Hadopi, régule les services qui diffusent et conclut avec les plateformes les conventions qui conditionnent leur place dans la file.

Un point de vocabulaire évite une confusion fréquente: une fenêtre n'est pas une date de mise en ligne, c'est une date à partir de laquelle la mise en ligne devient possible. Un service qui a le droit de diffuser un film n'est pas obligé de le faire, et beaucoup de titres n'apparaissent jamais sur certaines voies.

L'ordre de la file, du cinéma au gratuit

L'ordre de la file va du cinéma au gratuit et il n'a jamais changé de sens, même quand les durées ont bougé. Le tableau ci-dessous donne les fenêtres de l'accord du 24 janvier 2022, étendu par l'arrêté du 9 février 2022, dans sa version en vigueur au relevé d'août 2026: ces délais sont renégociés périodiquement entre les mêmes parties, et le Centre national du cinéma et de l'image animée est l'organisme auprès duquel se vérifie la version applicable au moment où vous lisez.

Le serviceFenêtre après la sortie en salle, accord du 24 janvier 2022Ce que le spectateur paie
La salle de cinémaLe jour de la sortieUn billet
La vidéo à la demande à l'acte et le disque4 moisUn achat ou une location, par titre
La télévision payante de cinéma liée par un accord, dont Canal+6 moisUn abonnement
Une plateforme d'abonnement ayant conclu un accord, dont Netflix15 moisUn abonnement
Les autres plateformes d'abonnement17 moisUn abonnement
Les chaînes en clair qui investissent dans le cinéma22 moisRien, ou la publicité
Les services gratuits financés par la publicité36 moisDe la publicité

Une exception de ce même accord mérite d'être connue, parce qu'elle concerne beaucoup de films français peu diffusés: la fenêtre de la vidéo à l'acte tombe de 4 mois à 3 mois pour un film ayant réalisé moins de 100 000 entrées durant ses 4 premières semaines d'exploitation. Le bas du tableau, lui, est ce qui intéresse un lecteur qui ne veut pas payer: 36 mois représentent 3 années pleines entre la sortie en salle et le premier catalogue gratuit autorisé à le proposer.

Pourquoi cet ordre existe: qui paie le cinéma français

Cet ordre existe parce que la place dans la file s'achète en investissement, et non en ancienneté. Le principe posé par l'accord est que plus un service finance la production cinématographique française, plus sa fenêtre s'ouvre tôt: une chaîne payante qui préachète des films et engage un pourcentage de son chiffre d'affaires dans la production passe avant une plateforme qui n'engage rien, et une plateforme qui signe une convention d'investissement avec les organisations professionnelles passe avant celles qui n'en ont pas signé.

Ce système se comprend mieux si l'on sait que le cinéma français est financé en partie par ses propres spectateurs. Le Centre national du cinéma et de l'image animée perçoit une taxe assise sur les entrées en salle et sur les recettes des éditeurs de services de télévision et de vidéo à la demande, et redistribue ce produit sous forme de soutien à la production et à la distribution. La chronologie protège l'étage qui rapporte le plus au début de la chaîne, la salle, contre l'étage qui rapporte le moins par spectateur, le gratuit.

Ce que la chronologie ne couvre pas

La chronologie ne couvre que les films sortis en salle en France, ce qui laisse 3 catégories entières en dehors de son champ. Un lecteur qui cherche pourquoi telle série arrive vite et tel film n'arrive jamais trouve ici la réponse.

  • Les séries de télévision, qui ne passent pas par la salle et suivent des contrats de diffusion, ce qui explique qu'un épisode puisse être en replay gratuit 1 jour après son passage à l'antenne.
  • L'animation japonaise diffusée en simultané de sa diffusion d'origine, distribuée en France par des services spécialisés comme Crunchyroll selon un calendrier hebdomadaire qui n'a aucun rapport avec la file du cinéma.
  • Les films produits pour une plateforme et jamais exploités en salle, qui n'ont pas de point de départ dans la chronologie puisqu'il n'y a pas eu de sortie en salle à partir de laquelle compter.

Un ayant droit peut aussi choisir la gratuité d'emblée pour une œuvre qu'il finance lui-même. Le documentaire Kaizen, mis en ligne en intégralité et gratuitement sur la chaîne de son producteur en 2024, illustre cette configuration: quand celui qui détient les droits publie lui-même, il n'a personne à attendre. Un film complet en français sur YouTube décrit cette voie et les signes qui permettent de reconnaître une publication officielle.

En Belgique, en Suisse, au Québec et dans les pays anglophones, la règle change

En Belgique, en Suisse et au Québec, la chronologie des médias française ne s'applique pas, parce qu'un arrêté du ministre français de la Culture n'a d'effet que sur le territoire français. Les délais y existent quand même, mais ils résultent de contrats entre distributeurs et diffuseurs, pas d'un texte étendu à tout un secteur, et ils ne sont donc ni publics ni uniformes d'un titre à l'autre.

Les pays anglophones n'ont aucun équivalent légal de ce mécanisme: aux États-Unis, la durée d'exclusivité en salle est une clause commerciale négociée entre un studio et des exploitants, ce qui explique qu'un même film américain puisse atteindre une plateforme quelques semaines après sa sortie là-bas et plus d'une année après en France. La page France, Belgique, Suisse, Québec traite des conséquences pratiques de ces différences pour un même titre.

Ce que la chronologie change pour votre soirée

Pour votre soirée, la chronologie change une seule chose, mais elle la change complètement: elle vous dit à l'avance quels films il est inutile de chercher gratuitement. Un titre sorti en salle il y a moins de 22 mois n'est légalement disponible sur aucune offre gratuite, et il faut attendre 36 mois avant qu'un catalogue gratuit à la demande ait le droit de le proposer. Aucune recherche, aucun moteur de disponibilité et aucune astuce ne modifiera ce fait, parce que l'obstacle n'est pas technique.

La conséquence utile est un déplacement de la question. Au lieu de chercher un film récent gratuitement, il devient rationnel de chercher parmi les films dont la file est déjà parcourue, c'est-à-dire les sorties d'il y a 3 ans et plus, et parmi ceux dont les droits ont expiré. Les films anciens partent de ce constat, et Le film, ses droits, et sa vie en France replace les 7 voies gratuites dans l'ordre où elles s'ouvrent réellement.

Pour aller plus loin

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